Vous avez déjà des clients, des retours positifs ou une expérience réelle. Pourtant, une petite phrase revient : « J’ai eu de la chance. » Ou bien : « Ils vont finir par se rendre compte que je ne suis pas à la hauteur. »
Vous pouvez aussi vous dire qu’il vous manque encore quelque chose avant de vous montrer : une préparation supplémentaire, davantage d’expérience, un résultat de plus. Et lorsque vous obtenez enfin ce résultat, il ne vous rassure que quelques jours.
C’est souvent ce que l’on appelle le syndrome de l’imposteur. Le terme est courant, mais il ne permet pas de poser un diagnostic ni de s’auto-évaluer. Il décrit un décalage possible : des éléments extérieurs montrent que vous savez faire, alors que vous avez du mal à croire qu’ils reflètent vraiment vos capacités.
Chez un entrepreneur, ce décalage peut peser sur la visibilité, la vente, les prix, la prise de parole ou les opportunités. Il ne remplace jamais l’examen de l’offre, du marché ou de la stratégie. Mais il mérite d’être regardé lorsqu’il vous fait écarter systématiquement vos propres réussites.
De quoi parle-t-on quand on évoque le syndrome de l’imposteur ?
Pauline Rose Clance et Suzanne Imes ont décrit en 1978 le phénomène de l’imposteur. La personne concernée peut avoir des résultats, des responsabilités ou des retours positifs, sans les vivre comme une preuve crédible de sa valeur.
Elle peut attribuer ce qui fonctionne à la chance, à une rencontre, au contexte ou à l’indulgence des autres. Elle peut surtout craindre d’être démasquée : non pas parce qu’elle ment volontairement, mais parce qu’elle a l’impression de ne pas mériter la confiance reçue.
Le mot « syndrome » est celui que les internautes utilisent le plus. Dans les travaux scientifiques, on trouve aussi « phénomène de l’imposteur ». Les définitions et outils de mesure varient selon les études. Mieux vaut donc y voir un repère pour comprendre ce qui se joue, pas une étiquette à appliquer à soi-même.
La revue française de Kévin Chassangre et Stacey Callahan décrit notamment ce décalage entre réussite observable, difficultés à se l’attribuer et peur d’être démasqué. Les revues plus récentes invitent aussi à tenir compte du contexte de travail et à ne pas transformer chaque doute en problème individuel.
Comment ce doute peut-il se manifester dans votre activité ?
Le phénomène ne se présente pas toujours de façon spectaculaire. Il peut se cacher derrière une grande conscience professionnelle, une préparation sérieuse ou une modestie qui paraît saine de l’extérieur.
Vous minimisez ce qui a pourtant fonctionné
Un client vous remercie. Une mission se passe bien. Une personne vous recommande. Vous trouvez immédiatement une explication qui réduit la portée de ce résultat : le client était facile, vous avez été aidé, le moment était favorable, n’importe qui aurait pu y arriver.
Reconnaître votre part dans une réussite ne revient pas à vous attribuer tous les mérites. Cela consiste simplement à ne pas effacer votre contribution dès qu’un fait positif apparaît.
Dans mes échanges avec des entrepreneurs, j’entends parfois : « J’ai eu de la chance. » Cette phrase peut être juste. Mais lorsqu’elle explique presque tout ce qui marche, elle peut empêcher de tirer des enseignements utiles de votre propre expérience.
Vous redoutez d’être démasqué
Vous pouvez craindre qu’un prospect pose la question qui révélera vos limites, qu’un client découvre que vous ne savez pas tout ou qu’une nouvelle mission vous expose davantage.
Avoir des limites est normal. Un professionnel sérieux sait aussi dire ce qu’il ne prend pas en charge et demander un avis lorsque cela est nécessaire. Le problème apparaît lorsque la peur d’être démasqué vous fait éviter une situation pourtant adaptée à votre niveau actuel.
Vous préparez encore, alors que l’essentiel est prêt
Vous relisez une proposition une dixième fois. Vous refaites des diapositives déjà claires. Vous passez une soirée supplémentaire à chercher une information qui ne changera pas votre rendez-vous. Vous répétez une intervention au point de ne plus avoir envie de la faire.
Préparer est utile. La question est simple : est-ce que cette préparation améliore vraiment ce que vous allez proposer, ou vous aide-t-elle surtout à repousser le moment où vous serez vu et entendu ?
Vous vous retirez d’une occasion qui vous conviendrait
Une invitation à intervenir, un partenariat ou une mission plus visible peut vous sembler trop grande. Vous vous dites qu’une autre personne serait forcément plus crédible.
Parfois, ce refus est juste : le périmètre ne vous convient pas ou les conditions sont mauvaises. Mais si vous disposez des ressources nécessaires et que vous renoncez surtout pour ne pas être évalué, votre activité peut rester en retrait de ce que vous êtes réellement capable de faire.
Vous en faites trop pour ne laisser aucune place au doute
Vous répondez à toute heure, ajoutez des éléments non prévus, travaillez plus que nécessaire ou vous imposez une exigence impossible à tenir. Vous espérez ainsi prouver que vous méritez la confiance accordée.
Cette réaction peut finir par vous épuiser. Elle rend aussi plus difficile l’intégration d’un retour positif : vous vous dites que le résultat n’aurait pas été acceptable sans tous ces efforts supplémentaires.
Pourquoi une réussite ne vous rassure-t-elle pas toujours ?
Un résultat ne change pas automatiquement l’histoire que vous vous racontez à son sujet.
Vous pouvez obtenir un client, réussir une mission, recevoir un bon retour, puis conclure que cela ne compte pas vraiment. La réussite est alors rangée dans la case « exception », jamais dans la case « preuve que je peux le refaire ».
Un cycle peut se mettre en place :
- vous devez vous exposer ;
- vous préparez beaucoup ou vous agissez malgré la peur ;
- cela se passe correctement ;
- vous attribuez le résultat à la chance ou au surcroît d’effort ;
- la prochaine occasion redevient une épreuve complète.
Ce cycle n’est pas une loi. C’est une manière de décrire ce que certaines personnes vivent. Le contexte compte aussi : comparaison permanente, absence de retour utile, changement de métier, nouvelle responsabilité ou environnement très compétitif peuvent rendre l’évaluation de soi plus difficile.
Syndrome de l’imposteur, légitimité et compétence : ne pas tout mélanger
Un manque réel de compétence demande une réponse concrète : apprendre, pratiquer, se faire superviser, limiter le périmètre de son offre ou refuser une mission. Il ne faut pas le transformer en problème intérieur.
La légitimité professionnelle est plus large. Elle touche à la capacité à prendre sa place, parler de son offre ou assumer son prix.
Le phénomène de l’imposteur renvoie plus précisément au doute qui persiste malgré des éléments contraires : vous avez des preuves, mais vous ne les intégrez pas. Ces frontières ne sont pas toujours nettes. Dans ma pratique, j’observe parfois que la difficulté de légitimité est liée à la confiance face à une action donnée, alors que le sentiment d’imposture semble plus durable et touche davantage l’estime de soi. C’est une observation professionnelle, pas une définition scientifique.
Ce que cela peut changer dans votre activité
Le doute devient particulièrement coûteux lorsqu’il modifie vos choix.
Vous pouvez ne pas parler de vos résultats, parce que vous avez peur de paraître prétentieux. Vous pouvez baisser votre prix avant même qu’un prospect ne négocie. Vous pouvez éviter une publication, un appel commercial ou une prise de parole. Vous pouvez aussi passer beaucoup de temps seul sur un problème que vous pourriez résoudre plus vite en demandant un avis.
Dans tous ces cas, le phénomène de l’imposteur n’explique pas tout. Les fondamentaux d’une activité restent essentiels : une offre claire, un marché, de la visibilité, une manière de vendre et une exécution solide. Pour remettre ces éléments à plat, vous pouvez aussi lire pourquoi une activité ne décolle pas malgré beaucoup de travail.
Cas anonymisé : Emilie, à l’aise en individuel mais freinée devant un groupe
Emilie est un prénom d’emprunt. Elle était à l’aise dans les échanges individuels, mais redoutait les interventions en présentiel et le regard d’un groupe. Elle avait peur de ne pas être à la hauteur, de se mettre en avant et abandonnait plus facilement certaines démarches.
Au cours de l’accompagnement, nous avons exploré avec elle un travail autour de l’estime de soi. Une expérience difficile avec son ex-conjoint a été identifiée comme un élément important de son histoire. Cela ne permet pas de dire qu’elle a causé à elle seule ses difficultés actuelles ni de tirer une conclusion générale.
Aujourd’hui, Emilie organise et anime des ateliers de groupe. C’est l’évolution d’une personne, dans son contexte. Ce n’est ni une preuve d’efficacité générale ni la promesse que la même démarche conviendrait à chacun.
Comment prendre du recul sans vous enfermer dans une étiquette ?
Au lieu de vous demander immédiatement si vous « avez » le syndrome de l’imposteur, partez d’une situation précise.
- Quel résultat avez-vous du mal à reconnaître ?
- Quelle explication donnez-vous spontanément à ce résultat ?
- Qu’est-ce que vous craignez que les autres découvrent ?
- Quelle action évitez-vous en ce moment ?
- Cette action demande-t-elle une compétence qui manque réellement, ou surtout une exposition qui vous met mal à l’aise ?
Ces questions ne constituent pas une évaluation psychologique. Elles peuvent simplement vous aider à séparer les faits, ce que vous vous dites et la décision que vous prenez ensuite.
Quand envisager un accompagnement psycho-énergétique ?
Si les éléments concrets de votre activité ont été vérifiés mais que le même schéma revient, un accompagnement peut être une piste à envisager. Vous savez ce que vous avez à faire, mais vous n’arrivez pas à vous autoriser à vous montrer, vendre, parler de vos résultats ou saisir une occasion.
Dans mon cadre de pratique, je cherche à comprendre ce qui nourrit cette difficulté chez la personne que j’accompagne. Je peux travailler sur ce que j’estime être une origine profonde du manque d’estime de soi lorsqu’elle semble présente. Je ne présente pas cette démarche comme une méthode scientifique qui établirait une cause unique. Chaque accompagnement reste individualisé.
L’objectif n’est pas de vous convaincre que vous êtes exceptionnel. Il est de vous aider à vous estimer à votre juste valeur, de façon plus équilibrée, tout en gardant les exigences réelles de votre activité.
Vous pouvez découvrir mon accompagnement pour les entrepreneurs. Si vous souhaitez d’abord faire le point, vous pouvez réserver un appel découverte entrepreneur de 30 minutes.
Questions fréquentes
Est-ce un diagnostic ?
Non. Le terme « syndrome de l’imposteur » est courant, mais se reconnaître dans une description ne permet pas de se diagnostiquer ni de conclure seul sur sa situation.
Pourquoi est-ce que je minimise mes réussites ?
Il peut y avoir plusieurs raisons : une forte exigence, une habitude de vous comparer, une nouvelle situation professionnelle ou une difficulté à accepter les retours positifs. Il n’existe pas une cause unique valable pour tout le monde.
Peut-on ressentir cela lors d’une reconversion ?
Cela peut notamment arriver lors d’une reconversion ou d’un changement de rôle : l’exposition au regard des autres augmente et les repères professionnels peuvent être moins stables. Cela ne veut pas dire que vous êtes moins compétent dans tous les domaines.
Une préparation supplémentaire suffit-elle ?
Elle est utile si elle répond à un besoin précis. Si vous répétez sans cesse les mêmes vérifications alors que votre intervention est prête, elle peut surtout retarder une situation où vous devrez vous exposer.
Références utilisées
- Clance, P. R., & Imes, S. A. (1978). The imposter phenomenon in high achieving women: Dynamics and therapeutic intervention. DOI 10.1037/h0086006.
- Chassangre, K., & Callahan, S. (2017). « J’ai réussi, j’ai de la chance… je serai démasqué » : revue de littérature du syndrome de l’imposteur. Pratiques psychologiques, 23, 97-110. DOI 10.1016/j.prps.2017.01.001.
- Bravata, D. M., et al. (2020). Prevalence, Predictors, and Treatment of Impostor Syndrome: a Systematic Review. DOI 10.1007/s11606-019-05364-1.
- Feenstra, S., et al. (2020). Contextualizing the Impostor “Syndrome”. DOI 10.3389/fpsyg.2020.575024.
- Chassangre, K. (2016). La modestie pathologique : pour une meilleure compréhension du syndrome de l’imposteur. Thèse de doctorat, Université Toulouse Jean Jaurès. Notice nationale des thèses.