Vous avez réfléchi au problème. Vous avez peut-être même identifié la solution. Vous savez qu’il faudrait passer ce coup de téléphone, commencer cette démarche, reprendre une activité, poser une limite, ranger ce dossier, prendre rendez-vous ou avoir cette conversation.
Et pourtant, vous ne le faites pas.
Le plus frustrant est souvent là : vous ne manquez pas forcément d’informations. Vous pouvez expliquer très clairement ce que vous devriez faire, parfois conseiller la même chose à quelqu’un d’autre, puis rester immobile lorsqu’il s’agit de vous.
Si vous vous dites régulièrement « je sais ce que je dois faire mais je ne le fais pas », cela ne signifie pas automatiquement que vous manquez de volonté, que vous êtes paresseux ou qu’un blocage profond vous empêche d’avancer.
Entre comprendre ce qu’il faudrait faire et le faire réellement, plusieurs choses peuvent se passer. Certaines sont très concrètes. D’autres concernent davantage ce que l’action déclenche en vous.
L’enjeu est donc moins de vous juger que de repérer précisément où le passage à l’action coince.
Pourquoi je sais ce que je dois faire mais je ne le fais pas ?
Parce que savoir et agir ne sont pas exactement la même chose.
Vous pouvez avoir une intention claire sans avoir encore défini la première action. Vous pouvez savoir ce qui serait utile, mais avoir prévu une étape trop grande pour votre énergie disponible. Vous pouvez aussi attendre le « bon moment » sans avoir décidé quand commencer.
Et parfois, tout est clair sur le papier, mais l’action elle-même vous confronte à quelque chose d’inconfortable : une possibilité d’échec, un conflit, le regard de quelqu’un, une décision à assumer ou simplement une sensation désagréable que vous préférez éviter quelques minutes de plus.
Les recherches sur le comportement parlent notamment d’écart entre l’intention et le comportement. Avoir l’intention d’agir ne garantit pas que l’action suivra. Une étude publiée en 2024 l’a par exemple observé dans le domaine spécifique de l’activité physique, où la procrastination peut participer à cet écart. Cette étude concerne l’exercice et ne permet pas d’expliquer toutes les difficultés à agir dans la vie quotidienne. Voir l’étude sur PubMed.
Avant de chercher une cause cachée, il est donc utile de commencer par ce qui est observable.
Avant de chercher une explication plus profonde, regardez ce qui est concret
Vous pensez peut-être savoir quoi faire. Mais savez-vous réellement quelle est la première action visible à réaliser ?
« Me remettre au sport », « régler mes papiers », « changer de travail » ou « améliorer ma relation » sont des directions.
Ce ne sont pas encore des actions.
Votre objectif est-il devenu une action que vous pouvez commencer ?
Comparez :
- « Je dois reprendre le sport » avec « mardi à 18 h, je marche 20 minutes en partant de chez moi » ;
- « Je dois régler cette situation administrative » avec « j’ouvre le courrier et je note les deux pièces demandées » ;
- « Je dois chercher un autre travail » avec « ce soir, j’ouvre mon CV et je mets à jour les trois premières lignes ».
Une direction laisse votre esprit face à une étendue sans bord. Un premier geste donne une prise.
Posez-vous simplement cette question :
Si quelqu’un me regardait agir pendant les cinq prochaines minutes, qu’est-ce qu’il me verrait faire ?
Si vous ne pouvez pas répondre, le problème est peut-être encore un problème de définition, pas de volonté.
La tâche est-elle compatible avec vos ressources du moment ?
Vous pouvez savoir quoi faire et ne pas avoir, aujourd’hui, les ressources nécessaires pour le faire sous la forme prévue.
Une démarche peut demander du temps, de l’argent, de la concentration, un déplacement, une compétence particulière, l’aide d’une autre personne ou simplement davantage d’énergie que vous n’en avez ce jour-là.
Dans ce cas, conclure « je suis bloqué » ne vous apprend pas grand-chose.
Essayez plutôt de réduire la taille de l’étape sans changer la direction.
Vous n’avez pas l’énergie pour traiter tout le dossier ? Ouvrez-le et identifiez uniquement la prochaine pièce.
Vous ne vous sentez pas capable de reprendre une heure d’activité ? Préparez vos affaires et sortez dix minutes.
Vous n’êtes pas prêt à avoir une longue conversation ? Notez les deux choses que vous voulez réellement dire.
Réduire l’étape n’est pas abandonner l’objectif. C’est parfois simplement rendre l’action compatible avec la réalité.
Avez-vous réellement décidé quand commencer ?
« Il faut que je le fasse » laisse la décision ouverte toute la journée.
Et tant que le moment n’est pas choisi, chaque autre activité peut passer devant.
Une stratégie étudiée en psychologie consiste à relier une situation précise à une action. Dans la littérature, ces plans sont souvent formulés sous la forme « si telle situation se présente, alors je fais telle action ». Dans la vie courante, le déclencheur peut aussi s’exprimer plus naturellement avec « quand » lorsqu’il décrit une situation habituelle et observable.
Par exemple :
« Demain matin, quand j’allume mon ordinateur, j’ouvre d’abord le dossier administratif que je repousse. »
Ou :
« Si je rentre du travail avant 18 h 30 ce soir, alors j’enfile mes chaussures et je sors marcher. »
Les recherches sur ces implementation intentions, ou intentions d’implémentation, montrent l’intérêt de relier un déclencheur identifiable à une réponse précise. Voir Schweiger Gallo et Gollwitzer sur PubMed.
Ce n’est pas une formule magique. Mais cela permet déjà de tester une chose importante :
est-ce que l’action devient plus facile lorsque le moment du départ n’est plus à négocier ?
Est-ce vraiment votre objectif ?
Il existe aussi une différence entre :
« Je veux faire cela. »
« Ce serait probablement utile. »
« On me dit que je devrais le faire. »
« Je me sentirais coupable si je ne le faisais pas. »
Vous pouvez connaître parfaitement la méthode sans adhérer réellement à l’objectif.
Demandez-vous :
Si personne ne me jugeait et si je n’avais rien à prouver, est-ce que je choisirais toujours cette direction ?
La réponse peut confirmer votre objectif.
Elle peut aussi montrer qu’une partie du conflit ne vient pas de votre capacité à agir, mais du but lui-même.
Quand tout est clair et que vous évitez quand même l’action
Supposons maintenant que l’action soit précise.
Elle est réalisable. Vous savez quand commencer. Elle compte réellement pour vous.
Et pourtant, au moment d’agir, quelque chose se passe.
Vous pensez à l’appel à passer et vous ouvrez une application.
Vous vous apprêtez à remplir un formulaire et vous commencez à ranger la cuisine.
Vous voulez entamer une démarche importante et vous trouvez soudain plusieurs autres choses « urgentes ».
Le comportement de remplacement peut vous apporter un soulagement immédiat. Pendant quelques minutes, vous n’avez plus à faire face à l’action qui vous met mal à l’aise.
Les travaux de Fuschia Sirois et Timothy Pychyl proposent justement de comprendre la procrastination, dans certaines situations, comme une priorité donnée à la régulation de l’humeur à court terme face à une tâche perçue comme désagréable. Voir leur publication de 2013.
Le contexte joue également un rôle. Lorsque le stress augmente et que les ressources disponibles diminuent, tolérer l’inconfort associé à certaines tâches peut devenir plus difficile. La revue de Fuschia Sirois publiée en 2023 insiste notamment sur l’importance de ce contexte.
La question devient alors plus intéressante que « qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? » :
Qu’est-ce que j’évite de ressentir, de risquer ou de découvrir en repoussant cette action ?
Ce que vous évitez est peut-être plus instructif que la tâche elle-même
Deux personnes peuvent repousser exactement la même action pour des raisons complètement différentes.
Prenons un appel téléphonique.
Une personne peut le repousser parce qu’elle ne sait pas quoi dire.
Une autre parce qu’elle redoute une réponse négative.
Une autre encore parce qu’elle veut trouver les mots parfaits, qu’elle craint un conflit ou qu’elle n’est finalement pas sûre de vouloir ce que cet appel va déclencher.
La tâche visible est la même. Le point de blocage ne l’est pas.
Lorsque vous repoussez quelque chose de façon répétée, vous pouvez essayer de compléter quelques phrases :
- si je fais cette action maintenant, j’ai peur que…
- ce qui me met le plus mal à l’aise dans cette action, c’est…
- si cela se passe mal, j’en conclurai peut-être que…
- si cela se passe bien, cela m’obligera peut-être à…
- pour me sentir totalement prêt, j’attends encore…
Vous pouvez découvrir une peur de l’échec, du jugement, du conflit ou du changement.
Vous pouvez aussi découvrir quelque chose de beaucoup plus simple : vous ne savez pas encore faire, vous avez besoin d’aide, vous êtes épuisé ou la tâche vous ennuie profondément.
L’objectif n’est pas de transformer chaque hésitation en problème psychologique.
C’est justement d’éviter les explications trop rapides.
« Pourquoi je me sabote ? » : une question qui explique rarement ce qui se passe
Lorsque le même scénario revient, le mot auto-sabotage arrive facilement :
« Je veux avancer, mais je fais exactement ce qui m’en empêche. »
Le terme peut décrire votre ressenti. Mais il regroupe des situations très différentes.
Vous pouvez repousser une tâche parce qu’elle est trop grande.
Parce que la priorité n’est pas claire.
Parce que vous êtes stressé ou fatigué.
Parce que vous redoutez le résultat.
Parce que vous attendez de pouvoir faire les choses parfaitement.
Parce que l’objectif ne vous correspond plus vraiment.
Ou parce que le soulagement immédiat obtenu en évitant l’action l’emporte, pour quelques minutes, sur ce que vous souhaitez à plus long terme.
Plus vous décrivez précisément ce qui se passe, plus vous pouvez tester une réponse adaptée.
« Je me sabote » vous place face à un défaut global de votre personne.
« Je repousse cet appel parce que je redoute une réponse négative » vous donne déjà une information exploitable.
Un test simple pour remettre un peu de mouvement
Avant de conclure qu’un frein profond vous empêche d’agir, faites un test sur une seule action réelle que vous repoussez actuellement.
- Définissez le geste de départ. Pas l’objectif complet. Seulement une action réalisable en moins de dix minutes.
- Choisissez un déclencheur précis. « Si je termine X, alors je fais Y. »
- Retirez une friction. Préparez le document, les chaussures, le numéro de téléphone ou le matériel avant le moment prévu.
- Observez ce qui apparaît juste avant. Ennui, tension, peur, doute, envie de faire autre chose, pensée du type « pas maintenant ».
- Faites uniquement l’étape prévue. Vous déciderez ensuite si vous souhaitez continuer.
Ce test ne cherche pas à démontrer que « quand on veut, on peut ».
Il sert à obtenir de l’information.
Si vous commencez beaucoup plus facilement, la difficulté venait peut-être surtout du flou, de la taille de la tâche ou du moment de déclenchement.
Si, au contraire, une forte résistance apparaît dès que l’action devient concrète, vous avez identifié autre chose à observer.
Quand les méthodes d’organisation ne suffisent plus
Une liste, un agenda, une minuterie ou un plan « si-alors » peuvent être très utiles.
Mais aucun outil d’organisation ne peut garantir que vous serez à l’aise avec ce que l’action représente pour vous.
Vous pouvez savoir parfaitement découper une tâche et continuer à éviter certaines situations très précises :
- dire non ;
- demander quelque chose ;
- vous exposer au regard d’une autre personne ;
- prendre une décision qui change votre quotidien ;
- vous autoriser à faire un choix pour vous.
Dans ces situations, ajouter une nouvelle méthode peut parfois devenir une nouvelle manière de préparer au lieu d’agir.
Ce qui m’intéresse alors n’est pas de décider à l’avance qu’il existe forcément « une cause profonde ».
Il s’agit plutôt d’observer avec la personne ce qui se répète, ce qui déclenche la résistance et ce qui semble maintenir ce fonctionnement malgré les efforts déjà entrepris.
Dans mon cadre de pratique de psycho-énergéticien, j’explore selon les situations les émotions, certaines croyances, les habitudes de réaction et des éléments que je décris comme énergétiques.
Cette dernière lecture appartient à mon approche professionnelle. Elle ne constitue pas un mécanisme scientifique établi.
Vous pouvez en savoir plus sur mon parcours et ma manière de travailler.
Si vous êtes entrepreneur, le contexte mérite d’être regardé différemment
Pour un entrepreneur, une action repoussée peut avoir des conséquences directes sur l’activité : prospecter, publier, vendre, annoncer un tarif, relancer un client ou lancer une offre.
Mais là encore, tout n’est pas psychologique.
L’offre elle-même, le marché, la visibilité disponible, le temps, les contraintes financières ou l’intérêt réel pour certaines tâches peuvent très bien expliquer une partie du problème.
C’est pourquoi j’ai consacré un article spécifique à ce contexte : Procrastination chez l’entrepreneur : pourquoi je repousse ce qui ferait avancer mon activité ?.
Si votre difficulté concerne surtout votre vie personnelle, restez sur la logique de cet article : commencer par ce qui est concret, puis observer ce qui se passe réellement au moment d’agir.
Quand demander de l’aide ?
Il n’est pas nécessaire de demander de l’aide parce que vous avez repoussé une tâche quelques fois.
Un accompagnement peut devenir pertinent lorsque vous constatez que le même fonctionnement revient malgré vos tentatives, qu’il touche plusieurs domaines importants ou qu’il vous empêche durablement de faire ce que vous souhaitez vraiment.
Si votre difficulté à agir s’accompagne d’une souffrance psychologique importante, d’un épuisement marqué ou d’une altération importante de votre vie quotidienne, un médecin ou un professionnel de santé mentale pourra également vous aider à évaluer la situation. Cet article ne permet pas de poser un diagnostic.
De mon côté, je propose un appel gratuit, sans engagement, pour faire le point sur ce qui vous bloque.
- Vous êtes particulier ? Réservez un appel gratuit de 15 minutes.
- Vous êtes entrepreneur ? Réservez un appel gratuit de 30 minutes.
Questions fréquentes
Est-ce de la paresse si je sais quoi faire mais que je ne le fais pas ?
Pas nécessairement.
Une action peut être floue, trop grande, peu prioritaire, difficile dans votre contexte actuel ou associée à un inconfort que vous évitez. Le mot « paresse » regroupe toutes ces situations sans aider à comprendre laquelle vous concerne.
Est-ce forcément de la procrastination ?
Non.
Toute non-action n’est pas de la procrastination. Vous pouvez manquer d’informations, de ressources ou de clarté. Vous pouvez avoir changé de priorité ou constater que l’objectif ne vous correspond finalement pas.
La question utile est moins « quel mot décrit mon problème ? » que « qu’est-ce qui se passe précisément au moment où je n’agis pas ? ».
Pourquoi je commence beaucoup de choses sans les terminer ?
Le début et la suite d’un projet ne demandent pas toujours la même chose.
L’enthousiasme du départ peut laisser place à des décisions plus difficiles, à une exposition au regard des autres, à des tâches moins plaisantes ou simplement à un manque de ressources.
Essayez d’identifier l’étape précise où vous vous arrêtez habituellement. Elle vous donnera davantage d’informations que le constat général « je ne termine jamais rien ».
Dois-je attendre d’être motivé pour agir ?
Pas forcément.
Une petite action préparée à l’avance et associée à un déclencheur précis peut être commencée sans attendre une motivation parfaite.
Cela ne signifie pas qu’il faut ignorer votre fatigue, vos limites ou un objectif que vous ne souhaitez plus poursuivre.
Pourquoi je refais encore et toujours les mêmes erreurs ?
Parce que comprendre ce qui s’est passé ne suffit pas toujours à modifier ce que vous faites lorsque la même situation se présente à nouveau.
Des habitudes, le contexte, l’émotion du moment ou certaines croyances peuvent continuer à influencer votre réaction, même lorsque vous avez parfaitement compris le mécanisme sur le plan intellectuel.
La question devient alors :
qu’est-ce qui se passe exactement au moment où l’ancien fonctionnement reprend ?
Commencer par comprendre où l’action coince
« Je sais ce que je dois faire mais je ne le fais pas » ressemble à une contradiction.
Ce n’en est pas forcément une.
Vous pouvez connaître la direction sans avoir défini le premier geste.
Vous pouvez vouloir un résultat sans avoir aujourd’hui les ressources nécessaires pour l’action que vous aviez imaginée.
Vous pouvez aussi savoir exactement quoi faire et éviter ce que cette action vous fait ressentir, risquer ou changer.
Commencez donc par le plus concret.
Rendez l’action petite, observable et située dans le temps.
Puis regardez honnêtement ce qui se passe au moment de la faire.
Si le même frein revient malgré vos efforts, l’enjeu n’est peut-être plus de vous forcer davantage, mais de comprendre ce qui coince au moment précis où vous essayez d’agir.
Références utilisées
- Miao, M., Chen, Y., Zhou, Z., Wen, J., & Zheng, L. (2024). Procrastination in the Intention-Behaviour gap: Exercise procrastination and the moderating role of emotion. Psychology of Sport and Exercise, 74, 102672. PMID 38782107 ; DOI 10.1016/j.psychsport.2024.102672.
- Sirois, F. M., & Pychyl, T. A. (2013). Procrastination and the Priority of Short-Term Mood Regulation: Consequences for Future Self. Social and Personality Psychology Compass, 7(2), 115-127. DOI 10.1111/spc3.12011.
- Sirois, F. M. (2023). Procrastination and Stress: A Conceptual Review of Why Context Matters. International Journal of Environmental Research and Public Health, 20(6), 5031. PMID 36981941 ; DOI 10.3390/ijerph20065031.
- Schweiger Gallo, I., & Gollwitzer, P. M. (2007). Implementation intentions: a look back at fifteen years of progress. Psicothema, 19(1), 37-42. PMID 17295981.